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Décembre 2006

4ème étape de notre tournée


Arrivée au Kerala je voulais absolument assister a un programme de Kathakali (c’est comme ça qu'on dit par ici).Heureusement que j’avais au préalable des contacts car les représentations traditionnelles- pas pour touristes -ne sont pas évidentes a trouver. Les offices de tourisme ne vous seront d’aucune utilité par exemple.
Entre décembre et janvier, c’est la pleine saison des cérémonies et donc il y a de nombreuses représentations de Kathakali a cette occasion.
La plupart du temps elles ont lieu autour d’un temple, souvent dans des petits villages. C’est donc déjà l’aventure que de s’y rendre ! Il faut prendre un ou deux bus puis essayer de trouver le lieu précis, souvent prendre un rickshaw. On arrive vers 18h pour assister au maquillage. Le spectacle commence vers 20h30- 21h et peut durer toute la nuit (les full nights).

Spectacles de Kathakali a Cochin
Il y a Cochin (Fort Cochin et Ernakulam, 2 quartiers de la ville) des théâtres qui présentent des introductions au Kathakali. Ce sont des représentations pour touristes mais je trouve que ça a le mérite de nous donner les clés pour comprendre cette forme théâtrale si éloignée de toutes nos référence françaises.
On n’assiste donc pas a une vraie représentation mais a un spectacle raccourci, des sortes d’extraits des événements importants, et a une demonstation des mudras, de la façon extraordinaire qu’ils ont d’utiliser tout le corps pour créer un autre langage.

Même si cela ne reflète pas ce qu’on peut ressentir en assistant a un spectacle dans son intégralité il faut quand même reconnaître que les comédiens sont très bons et totalement investis.Et cela leur permet en outre de s’entraîner tous les jours et de gagner un peu d’argent car ils ne jouent pas tous les jours dans les temples.

Kerala Kathakali Centre ( Fort Cochin) www.kathakalicenter.com
See India Fundation (Ernakulam)
L’entrée coûte 125 roupies ( 2 euros et quelques)
C’est un petit théâtre ferme en bois, bambous et toit en feuilles de cocotiers tressées. C’est chaleureux, on s’y sent tout de suite bien. Il y a une centaine de chaises, chacune avec un petit éventail ( il fait chaud , même le soir, surtt ds un endroit si confine). Je rencontre le responsable qui est aussi le chanteur narrateur qui me propose de m’installer au premier rang sur des coussins pour pouvoir filmer et prendre des photos sans être genee par les têtes des spectateurs. Je profite sans discuter de ce privilège.

La scène est rectangulaire, pas très profonde. Elle doit faire 8 m2. Il y a une ouverture a droite qui donne sur les coulisses.
Singar (le responsable) allume les encens, dépose des offrandes (pétales de fleurs, grains de riz), allume des bougies devant la scène et dessine des dessins sur le bord de la scène avec de la poudre blanche ( farine, talc ?). Allume la lampe a huile en bronze.
On rentre dans l’ambiance avec eux. On a l’impression de participer a quelque chose de sacre, avec tous ces rituels, c’est émouvant. Il se dégage une incroyable serenite.
Il est 17h, un comédien entre en scène avec son petit miroir et des pots de couleurs ainsi qu’un pot d’huile de coco. Il se met devant la lampe a huile et après un geste d’hommage (de prière) a celle-ci, il commence tout doucement a se maquiller.

Le maquillage 

Chaque comédien se maquille lui-même sauf quand vient le moment d’apposer les ornements en papier
C’est un moment très important pour lui. Très concentre , il passe progressivement de sa condition d’homme a celle de son personnage, un Dieu, un démon, quelqu’un d’extraordinaire, de surnaturel. C’est pour favoriser cette transformation intérieure que la phase du maquillage est particulieremnt lente et précise.
Comme me l’expliquera PK Devan, le comédien se regarde dans un petit miroir et pas dans un grand, ce qui pourrait être plus pratique. Mais c’est fait exprès pour qu’il se concentre sur une chose a la fois. De même il utilise des petits bâtons pour se maquiller et non des gros pinceaux. C’est pour aller lentement, lentement. Et progressivement devenir son personnage.
Et pour cela on accentue les traits humains: le comédien se fait une bouche plus grande, des sourcils plus grands, des yeux plus grands, un visage plus grand, un corps plus grand. « Car le théâtre est plus grand que la réalité » expliquera encore PK Devan

Le maquillage semble suivre un ordre très précis, rien n’est laisse au hasard. Le comédien par exemple commence toujours par peindre un signe jaune sur son front, c’est le symbole de Vishnu.

Les couleurs des visages des personnages nous renseignent sur leur identité, leur caractères :
- vert :, la pureté, la bonté : les héros
- rouge : les passions, l’énergie
- noir : la passivité, les forces obscure : les démons
-jaune : les mortels

Une fois son visage maquille, le comédien s’allonge et est pris en charge par un maquilleur qui vient lui apposer avec minutie des ajouts en relief faits en papier ou en pâte de riz. Il découpe d’abord des formes puis les colle, les une après les autres sur le visage du comédiens et lui augmentent ainsi le visage, lui ajoutant une bordure autour du menton.( cutti). PK Devan l’appelle la « scène ». Il se passe tellement de chose sur le visage que c’est un spectacle a lui tout seul. Cette grande protubérance de papier serait donc sa scène !
Etendu par terre, le corps entièrement relaxé, respirant profondément, le comédien se concentre sur son rôle. Dans ce sommeil se déroule un processus psychique qui, de personne privée, transforme l’acteur en Dieu ou Démon, selon le rôle à jouer


Un autre trait du maquillage est le rougissement du blanc des yeux de certains caractères par des graines de Cunda Poov . Je dois avouer que quelque fois je ne pouvais pas regarder les yeux d’un personnage qui étaient totalement injectes de sang. Mais apparemment ça ne fait pas mal…

Les comédiens ont le visage totalement peint et parfois même le corps et cela plusieurs jours par semaine. On pourrait se dire que c’est bien mauvais pour leur peau. Et bien non au contraire ! Toute les poudres de peintures sont faites a partir d’éléments naturels (safran …) mélanges a de l’huile de coco. Pour se démaquiller ils s’enduisent d’huile de coco et ça part tout seul et il parait que c’est très bon pour le corps. Au passage le noix de coco est le symbole du Kerala qui signifie pays de la noix de coco.

Le costume est le seul élément de décor. La scène est nue a part quelque fois un tabouret.
Il est demesure , spectaculaire. Il a pour but de nous transporter dans un autre monde, un monde surnaturel ou tout est plus grand, plus gros. C’est très lourd et quand nous public nous avons déjà chaud dans la salle, je n’ose imaginer les comédiens avec ces kg sur le dos et la tête, et qui dansent en plus ! 

Les artistes :
Les personnages et comédiens :
Bhima ( le pacca, hero, en vert) : joue par Ramchandaran
le Brahmane ( minukku : visage jaune) : Krishnadas
Baka (un Tati, barbe rouge, démon) : Aravendan

le narrateur chanteur et joueur de cymbales : Singar Suchindaran
2 musiciens percussionnistes

L' histoire:

Baka Vada ( la mort de Baka)

C’est rigolo car j’ai assiste a la représentation de cette même histoire en Indonésie mais avec du théâtre d’ombres (wayang kulit).
Les histoires racontées sont des extraits des grandes épopées hindouistes comme le Ramayana ou le Mahabharata.
Bhima vient en aide au Brahmane dont le peuple est tue par le démon Baka. Bhima doit se débarrasser du démon. Il lui apporte le repas prépare par le Brahmane mais il provoque
Le démon en mangeant le repas.Les 2 se défient mutuellement, se battent et finalement Bhima tue Baka.

Le spectacle:

Le Kathakali est une forme qui utilise le langage corporel pour raconter des histoires. Il y a un texte écrit que raconte le narrateur en chantant et le comédien lui retranscrit les strophes avec les mouvements de ses mains, de ses pieds, de ses yeux, de tout son corps.
Il existe un langage Kathakali comme il existe le langage sourd- muet. Ici chaque mot peut être dit par une succession codifie de mouvements.Le comédien peut comme ça construire des phrases sans même parler. D’ailleurs les comédiens de Kathakali sont muets, a part les personnages de démons ou d’arrogants qui poussent des cris , des sons ou des onomatopées apparemment elles aussi codifiées.
Il s’exprime donc grâce a ces mudras mais également grâce a des passages relevant plus de la pantomime. Avec leur geste ils décrivent le décor, l’histoire, ce qu’ils voient, ce qu’ils font. Et avec leur visage ils expriment les sentiments que ces actions ou ces visions provoque chez le personnage.
C’est très complexe : Un comédien peut decrire un chasseur, il montrera sont tempérament guerrier et sa confiance en lui, puis il nous matérialisera la flèche tirée, puis la biche apeurée qui voit la flèche arriver !
Etre comédien de Kathakali requiert une énergie spectaculaire et une concentration infaillible. La mobilité de leur visage est ce qui m’a le plus impressionnée. Ils sont capables de dissocier les mouvements de chaque muscle de leur visage et ainsi ne faire trembler que leur lèvres supérieures, bouger leurs sourcils et que eux, très vite. Le travail du regard est aussi incroyable, chaque mouvement est calcule et précis. Leurs yeux sont des muscles qu’ils ont travailles comme n’importe quel autre muscle. Ils sont capables de les bouger dans tous les sens à une vitesse folle, de les dilater, de les contracter.
Ce qui ressort de tout ça c’est que malgré cet extérieur très codifie, alors que la psychologie est totalement absente de ce travail de comédien, on ressent les sentiments des personnages, on est complètement pris dans l’histoire même si on ne comprend pas toujours ce qu’il se passe. Les processus psychiques, les intentions psychologiques, la complexité des motifs de chaque action se manifestent par des réactions physiques qui frappent par leur exactitude intuitive.
Ce qui est aussi très intéressant c’est que les comédiens certes ont tous ces codes à respecter, une histoire à raconter, mais à l’intérieur de ça ils sont complètement libres d’improviser comme ils le veulent. Dans des scènes particulières, l’acteur prend la relève des chanteurs. Les musiciens doivent alors suivre le comédien .Par exemple si un comédien doit raconter une femme qui s’occupe de son bébé, il est libre de nous raconter comment le bébé lui fait pipi dessus, comment il lui mord le sein alors qu’elle l’allaite etc.… Ils peuvent ajouter des détails des anecdotes.
Il y a tout un cote très sacre, très cadre, mais les comédiens s’amusent aussi et ça se sent. Ils peuvent en faire des tonnes, partir dans des concours de hurlements entre héro et démon, se mettrent a jouer au ballon ... C’est quelque fois vraiment très drôle.


Full Night de Kathakali a Karunagappaly, a 30 minute de Kollam.

Cette full night a lieu dans le jardin d’un particulier, devant son temple personnel ! Il s’agit d’un docteur qui fête quelque chose (je n’ai pas bien compris quoi) et qui reçoit a cette occasion un spectacle de Kathakali avec apparemment un des comédiens les plus respecte.
Une scène est montée et devant un petit toit en tente sous lequel sont disposes une soixantaine de chaises. Le public est entièrement indien.
Derrière la scène, il y a un espace ouvert, ce sont les coulisses. Pour y pénétrer il fau enlever ses chaussures. Sur des cordes sont suspendus les différents costumes imposants et leurs accessoires (perruques, toques, bijoux…). Les comédiens s’habillent s’étirent. Dans un petit espace a cote, les comédiens se maquillent autour d’une lampe à l’huile chacun avec son petit miroir. L’ambiance est recueillie mais détendue, les spectateurs et amis peuvent venir regarder ou discuter avec les comédiens.
Apres les traditionnelles 3- 4 heures de maquillage et de préparation, la représentation commence a 21h.elle durera jusqu’au petit matin : 6h !

Je fais des vas et viens entre le spectacle et les coulisses. C’est passionnant.

Cote spectacle, les comédiens sont excellents, avec une imagination folle et beaucoup d’humour. Ils ont une énergie, c’est fou. Un comédien peut rester sur scène pendant 2 heures et toujours avec cette concentration et ces gestes aussi précis.
Mention spéciale aux percussionnistes qui eux sont restes 4h debout, sans interruption, a taper leur tambour avec un rythme efreine. Ils sont comme en transe. Je ne sais pas comment ils font, vraiment. Ils doivent avoir des crampes…
Les spectateurs sont tantôt très attentifs, le sourire aux lèvres et marquant le rythme avec leur main, tantôt endormis (mais il faut dire que la nuit est longue).

Au début de la représentation et a chaque nouvelle scène d’entrée des personnages : un rideau de soie multicolore est tendu Le roulement de tambours se fait plus dense. Deux mains, dont l’une déformée par de longs ongles en argent, saisissent le rideau et le secouent. C’est l’acteur qui fait remarquer sa présence. Par dessous le rideau, on peut voir ses pieds qui exécutent une danse sur place, accompagnée par des cris variés.
Soudain, on baisse le rideau, et l’acteur se montre dans son costume majestueux.

Je me demandais ce qu’il se passait derrière le rideau.Je suis donc allé voir. Les comédiens entre sur scène et font un geste en direction de chaque instrument, ils font également une sorte de bénédiction a la scène. Puis ils commencent leur danse. Quelque fois la concentration est moins forte, ils boivent de l’eau ou règle le ventilateur dans la bonne direction. Une sorte de coulisse…

Cote coulisse j’assiste a l’habillage en héros d’un des comédiens. Il est déjà plus lui-même, le visage ayant double de volume et peint en vert. Deux personnes l’aide a enrouler sa grosse jupe en forme de cloche. En fait elle est composée d’une série de tissus plies sur une ceinture et plisses. La ceinture fait plusieurs mètres et le comédien l’enroule autour de lui. Ca devient comme un immense tutu blanc. Il met ensuite des colliers, des longs ongles métalliques aux doigts de la main gauche et puis sa coiffe (sculptée dans du bois). Le comédien a double de volume en hauteur et en largeur. Il n’est plus lui, le héro peut faire son entrée.

Ma déception est de n’avoir pas pu assister a la full night dans son intégralité car j’ai été prise d’un malaise soudain a 2h du matin (probablement du a un coup de chaleur ou a la fatigue) et j’ai du rentrer me coucher…


Fichiers en téléchargement :

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et sa légende

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Maquillage
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les peintures et l' huil;e de coco
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le personnage du hero

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Bima et le brahmane

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le demon
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Full night- coulisses
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Demon
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hero
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Le roi

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La scene


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